Est-ici, là où ailleurs ? Sommes-nous là où nous sommes ? Dans cette installation qui, a priori, ne dit rien de nous, si ce n’est les fauteuils où nous pourrions nous asseoir, l’écran et la possible visualisation de quelque chose, mais de quoi ?  Puis peu à peu quelque chose change et bouge en nous. Nous sommes partie prenante de cette installation, sa part manquante et agissante. Elle se met et nous met en mouvement, se donne et nous donne vie et se donne et nous donne corps dans un temps et un espace aléatoirement définie par elle. Elle n’existe pas sans nous et nous sans elle. Dans le jeu qu’elle nous insuffle, émergent des questions. Sommes-nous soumis au temps qui nous dépossède de l’instant, happés par le passé qui s’efface et qui nous empêche de rejoindre le présent, en nous l’ôtant, décalés que l’on a d’avoir, par inattention, abandonné ce présent parce que l’on se projetait dans l’avenir, nous n’avons pas vu la vie venir nous rejoindre dans le moment où elle nous faisait signe, accrochés à la machine qui nous fait parler ailleurs alors que nous sommes ici. Mais qu’est-ce qu’ici ? Puisque l’ailleurs si nous y sommes devient l’ici-même par le truchement d’un espace qu’il crée et où nous croyons être. Qu’est-ce qui nous rend présent à la présence ? Est-ce l’ici ou est-ce l’ailleurs ou plutôt un télescopage des deux qui dans l’ici produit de l’ailleurs ou qui dans l’ailleurs nous rappelle à cet ici ? Si l’ici nous fait signe et par là même nous assigne à n’y être pas, saurons-nous jusqu’à quel point l’ailleurs peut rendre compte de cet ici ? Ici où nous sommes sans que nous y soyons par l’entremise du maintenant. Est-ce le maintenant qui nous fait pénétrer dans cet ici et qui du coup lui donne un corps ? Un corps dont nous pouvons jouer en lui rendant sa liberté dans son rapport au temps et à l’espace, un corps soudainement débarrassé de ses postures. Un corps qui fait agir le maintenant dans l’ici tout en tenant compte de l’ailleurs, du plus tard ou de l’avant. Mais qu’est ce qu’avant si ce n’est que tout à l’heure ou qu’est-ce que plus tard puisqu’il n’est pas encore là ? Nous continuons de nous mouvoir pour occuper le présent, tout en persistant à nous éloigner de la présence.
La présence n’est-elle pas ce frottement de l’ici et du maintenant, de l’ailleurs de l’avant et de l’après ? Quoique l’après ne soit pas de l’ici et que l’ici n’est qu’un apprêt du maintenant. Alors est-ce ici le maintenant ? Comment se maintenir dans le maintenant en sachant qu’il est ici, ici et maintenant, est-ce ici ?

Bruno Jouhet